{"id":1293,"date":"2018-02-23T10:33:20","date_gmt":"2018-02-23T09:33:20","guid":{"rendered":"http:\/\/www.parchemins.bzh\/?p=1293"},"modified":"2018-12-08T11:35:30","modified_gmt":"2018-12-08T10:35:30","slug":"cristi-cohen-ecrire-lagriculture-insulaire-de-demain","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.parchemins.bzh\/index.php\/cristi-cohen-ecrire-lagriculture-insulaire-de-demain\/","title":{"rendered":"Cristi Cohen : \u00e9crire l&rsquo;agriculture insulaire de demain"},"content":{"rendered":"<p><em><a href=\"https:\/\/www.dailymotion.com\/video\/xctcli\"><img loading=\"lazy\" class=\"size-medium wp-image-1295 aligncenter\" src=\"http:\/\/www.parchemins.bzh\/wp-content\/uploads\/2018\/02\/actualit\u00e9s-ilaises-300x170.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"170\" srcset=\"http:\/\/www.parchemins.bzh\/wp-content\/uploads\/2018\/02\/actualit\u00e9s-ilaises-300x170.jpg 300w, http:\/\/www.parchemins.bzh\/wp-content\/uploads\/2018\/02\/actualit\u00e9s-ilaises-768x435.jpg 768w, http:\/\/www.parchemins.bzh\/wp-content\/uploads\/2018\/02\/actualit\u00e9s-ilaises.jpg 772w\" sizes=\"(max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a>Cristi Cohen est une femme qui a un attrait de longue date pour l\u2019agriculture, et qui a observ\u00e9, avec des yeux d\u2019enfant, d\u2019\u00e9conomiste et de consommatrice, diff\u00e9rents modes d\u2019inscription de ce secteur d\u2019activit\u00e9 dans un territoire \u2013 inscription g\u00e9ographique, humaine et \u00e9conomique.<\/em><\/p>\n<p><em>Aujourd\u2019hui, sa relation \u00e0 l\u2019agriculture s\u2019est intensifi\u00e9e. Toujours soucieuse de la place que prend l\u2019agriculture sur un territoire, elle se questionne et elle questionne en tant que citoyenne la place que l\u2019activit\u00e9 agricole devrait avoir sur son \u00eele, l\u2019\u00eele d\u2019Yeu, dans une perspective de d\u00e9veloppement durable. L\u2019intrication de cadres l\u00e9gislatifs et d\u2019histoires familiales tissent un r\u00e9seau de contraintes fonci\u00e8res aujourd\u2019hui trop fortes pour laisser une place p\u00e9renne \u00e0 l\u2019agriculture. Les mutations socio-\u00e9conomiques des derni\u00e8res d\u00e9cennies lui donnent un statut incertain. Dans un monde en transition, quelles impulsions donner pour laisser une chance \u00e0 l\u2019agriculture de perdurer voire de se r\u00e9implanter sur des territoires insulaires\u00a0?<\/em><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" class=\"size-medium wp-image-1296 alignleft\" src=\"http:\/\/www.parchemins.bzh\/wp-content\/uploads\/2018\/02\/RAIA-carte-300x300.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"300\" srcset=\"http:\/\/www.parchemins.bzh\/wp-content\/uploads\/2018\/02\/RAIA-carte-300x300.jpg 300w, http:\/\/www.parchemins.bzh\/wp-content\/uploads\/2018\/02\/RAIA-carte-150x150.jpg 150w, http:\/\/www.parchemins.bzh\/wp-content\/uploads\/2018\/02\/RAIA-carte-50x50.jpg 50w, http:\/\/www.parchemins.bzh\/wp-content\/uploads\/2018\/02\/RAIA-carte.jpg 752w\" sizes=\"(max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/p>\n<p><em>Pour ne pas se laisser d\u00e9passer par les forces propres \u00e0 chaque territoire insulaire, pour mutualiser les connaissances et les initiatives d\u00e9ploy\u00e9es dans les \u00eeles de la fa\u00e7ade Atlantique, des acteurs \u2013 citoyens, agriculteurs, fonctionnaires \u2013 au <\/em><em>nombre desquels fait partie Cristi, se sont depuis peu mis en r\u00e9seau, avec le R\u00e9seau Agricole des \u00celes Atlantiques.<br \/>\n<\/em><\/p>\n<p><em>En retra\u00e7ant sa trajectoire personnelle, Cristi nous dit beaucoup des enjeux dans lesquels est prise l\u2019agriculture sur des territoires insulaires o\u00f9 les probl\u00e9matiques que l\u2019on rencontre sur le littoral sont exacerb\u00e9es. Par ailleurs, ce t\u00e9moignage met en valeur le fait de porter une attention \u00e0 l\u2019agriculture charrie un ensemble d\u2019autres engagements territoriaux qui englobent et d\u00e9passent la seule activit\u00e9 agricole.<\/em><\/p>\n<h5>T\u00c9MOIGNAGE CONCERNANT MON IMPLICATION DANS L&rsquo;ACTION LOCALE POUR UNE AGRICULTURE \u00c9COLOGIQUE ET \u00c9COCITOYENNE<\/h5>\n<p>Je vis \u00e0 l&rsquo;Ile d&rsquo;Yeu depuis 2005. Je suis retrait\u00e9e et j&rsquo;ai 72 ans.<\/p>\n<p>Depuis mon plus jeune \u00e2ge, la terre, les l\u00e9gumes et les fruits m&rsquo;ont sembl\u00e9 de la plus grande importance. A l&rsquo;\u00e2ge de douze ans je d\u00e9couvrais, du haut de l\u2019Alhambra, le fabuleux syst\u00e8me d&rsquo;irrigation construit par les arabes avant qu&rsquo;ils ne soient chass\u00e9s d&rsquo;Andalousie par Isabelle la catholique en 1492. J&rsquo;ai alors compris que la terre et l&rsquo;activit\u00e9 agricole s&rsquo;inscrivaient dans le temps long de l&rsquo;histoire de l&rsquo;homme. La m\u00eame ann\u00e9e, j&rsquo;ai d\u00e9couvert ce qu&rsquo;\u00e9tait le m\u00e9tayage dans le Sud-Ouest de la France, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de Cahors. Je ne sais plus \u00e0 quelle occasion le propri\u00e9taire du domaine avait convoqu\u00e9 ses m\u00e9tayers. Peut-\u00eatre \u00e0 l&rsquo;occasion du dimanche des rameaux ? Voir ces hommes, des paysans rev\u00eatus de leurs vastes blouses bleue-nuit aux manches bouffantes, tenant maladroitement une fine fl\u00fbte de mousseux entre leurs doigts ab\u00eem\u00e9s par le travail de la terre, align\u00e9s et gauches devant le ma\u00eetre aux c\u00f4t\u00e9 duquel se tenait le cur\u00e9 du village, m&rsquo;a d\u00e9cill\u00e9e sur les rapports de classes dont j&rsquo;ignorais alors, l&rsquo;essentiel. Plus tard, \u00ab\u00a0Que viva Mexico\u00a0\u00bb <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Que_Viva_Mexico_!\">(film de S. Eisenstein)<\/a> et d&rsquo;autres \u00ab\u00a0\u00e9v\u00e9nements\u00a0\u00bb marquants m&rsquo;ont donn\u00e9 envie de participer \u00e0 des r\u00e9formes agraires. Les formes de propri\u00e9t\u00e9 et d&rsquo;usage de la terre, ainsi que le statut des paysans, me sont apparus comme \u00e9tant des \u00e9l\u00e9ments essentiels dans l&rsquo;histoire de l&rsquo;humanit\u00e9. Lors d&rsquo;une <a href=\"http:\/\/www.persee.fr\/docAsPDF\/rfsp_0035-2950_1962_num_12_3_403387.pdf\">vente sauvage de choux fleurs<\/a> sur le Pont de l&rsquo;Alma \u00e0 Paris (en 1960 ?) j&rsquo;\u00e9tais aux c\u00f4t\u00e9 des paysans Bretons \u00ab\u00a0mont\u00e9s\u00a0\u00bb \u00e0 Paris avec leurs tracteurs. J&rsquo;avais quinze ans. Ren\u00e9 Dumont, et les fondateurs de l&rsquo;\u00e9cologie fran\u00e7aise \u00e9taient dans mon paysage familial.<\/p>\n<p>J&rsquo;\u00e9tais mauvaise en math\u00e9matiques et n&rsquo;ai donc pas pu faire \u00ab\u00a0Agro\u00a0\u00bb. J&rsquo;ai \u00ab\u00a0fait sciences \u00e9co\u00a0\u00bb. Pourquoi personne ne m&rsquo;a dit \u00e0 l\u2019\u00e9poque<em>, Installe-toi paysanne ou bien \u00e9pouse un paysan<\/em>, je ne sais pas ! A l&rsquo;\u00e9poque, en France, on \u00e9tait encore paysan de p\u00e8re en fils, il y avait peu de n\u00e9o-ruraux&#8230; et puis ma m\u00e8re \u00e9tait violoniste, mon p\u00e8re ailleurs, je vivais en ville&#8230;<\/p>\n<p>Bien plus tard, enseignante en Classes pr\u00e9paratoires aux Ecoles de commerce, je commen\u00e7ais mes cours par les grandes n\u00e9gociations commerciales concernant l&rsquo;agriculture dans le cadre du GATT<a href=\"#_ftn1\" name=\"_ftnref1\">[1]<\/a>, puis de l&rsquo;OMC. Immanquablement les \u00e9l\u00e8ves me disaient, <em>Mais madame, l&rsquo;agriculture, ce n&rsquo;est pas vraiment au programme ! <\/em>Ce \u00e0 quoi je r\u00e9pondais,<em> Ah ! Oui ? Eh bien c&rsquo;est dommage car pour vivre, voyez-vous, il faut manger et au niveau mondial il n&rsquo;y a \u00ab\u00a0que\u00a0\u00bb 70% d&rsquo;hommes et de femmes qui sont paysans !<\/em><\/p>\n<p>J&rsquo;ai commenc\u00e9 \u00e0 me poser des questions sur le mod\u00e8le agricole industriel fran\u00e7ais d&rsquo;apr\u00e8s-guerre \u00e0 la fin des ann\u00e9es \u00ab\u00a070\u00a0\u00bb. En 1982, lors du tournage d&rsquo;un film p\u00e9dagogique sur la Politique Agricole Commune pour l&rsquo;\u00e9ducation nationale, j&rsquo;ai r\u00e9alis\u00e9 que quelque chose ne tournait pas rond du tout : je faisais le tour d&rsquo;une exploitation de 400 ha en 4X4 avec un homme qui ne parlait que chiffres, ordinateurs, sp\u00e9culation, cours mondiaux et tennis. J\u2019en \u00e9tais rest\u00e9e comme deux ronds de flan ! Qu&rsquo;est-ce que je faisais l\u00e0 ? Je voyais, in live, les r\u00e9sultats de la PAC. Exportations, d\u00e9sertification de la terre, m\u00e9thodes industrielles, productivisme, mondialisation, biodiversit\u00e9 et paysages en berne. La terre n&rsquo;\u00e9tait plus qu&rsquo;un support. On lui avait \u00f4t\u00e9 son pouvoir de vie. Je regardais la pluie tomber \u00e0 travers la vitre de la voiture lorsque le \u00ab\u00a0paysan\u201c m\u2019avait dit, tout sourire :<em> Pour moi, c&rsquo;est comme s&rsquo;il pleuvait des dollars !<\/em><\/p>\n<p>Et puis, j&rsquo;ai eu des cancers de la cavit\u00e9 buccale. J&rsquo;ai chang\u00e9 d&rsquo;alimentation et d&rsquo;hygi\u00e8ne de vie. J&rsquo;ai r\u00e9alis\u00e9 que le go\u00fbt, la couleur, la saveur, la texture, les vitamines et les qualit\u00e9s nutritionnelles prenaient tout leur sens avec le sourire du mara\u00eecher ou de l&rsquo;\u00e9leveur. Me nourrir devenait un choix, un acte solidaire, un acte social, l&rsquo;exercice d&rsquo;une libert\u00e9. J&rsquo;ai quitt\u00e9 la ville et suis partie \u00e0 l&rsquo;Ile d&rsquo;Yeu, que je connaissais depuis longtemps.\u00a0 J\u2019ai rencontr\u00e9 des paysans, lu, \u00e9tudi\u00e9, \u00e9cout\u00e9. J&rsquo;ai r\u00e9alis\u00e9 que si je voulais manger bon, bio, de qualit\u00e9 et favoriser une plus grande autonomie alimentaire locale il fallait que je me mobilise. Ce que je fais depuis dix ans, \u00e0 raison d&rsquo;un volant d\u2019heures de b\u00e9n\u00e9volat non n\u00e9gligeable par semaine. Je note ce temps de travail, car j&rsquo;estime que ce que je fais est cr\u00e9ateur de richesse, de lien social, de biodiversit\u00e9, et m\u00eame d\u2019emploi ! Bref, je \u00ab\u00a0produis\u00a0\u00bb du d\u00e9veloppement durable. Je fais un travail socialement utile, bien qu\u2019il ne soit pas comptabilis\u00e9 dans le PIB et donc pas consid\u00e9r\u00e9 comme g\u00e9n\u00e9rateur de croissance. Parfois j&rsquo;ai l&rsquo;impression de faire un travail \u00ab\u00a0transparent\u00a0\u00bb. Pas r\u00e9mun\u00e9r\u00e9, donc invisible et du coup inexistant. Cependant, pour moi, c&rsquo;est tout l&rsquo;inverse. De plus, cet engagement est g\u00e9n\u00e9rateur de plaisir, et d&rsquo;int\u00e9gration humaine et sociale. Ce n&rsquo;est pas que par altruisme, pas que pour les g\u00e9n\u00e9rations futures, c&rsquo;est aussi pour moi ici et maintenant que j&rsquo;agis.<\/p>\n<p>En 2009, j&rsquo;ai particip\u00e9 \u00e0 la cr\u00e9ation du <a href=\"https:\/\/www.dailymotion.com\/video\/xctcli\">Collectif agricole de l&rsquo;Ile d&rsquo;Yeu<\/a>, afin de soutenir les producteurs existants et les porteurs de projets. J\u2019en anime le <a href=\"https:\/\/collectifagricoleiledyeu.wordpress.com\/\">Blog<\/a>. Le principal frein au d\u00e9veloppement de l&rsquo;agriculture \u00e9tant l&rsquo;acc\u00e8s au foncier, j&rsquo;ai contribu\u00e9 \u00e0 la cr\u00e9ation du projet nomm\u00e9 Terres Fert&rsquo;\u00eele, puis \u00e0 la mise en place et au fonctionnement du CDA (Comit\u00e9 de d\u00e9veloppement agricole). Il s&rsquo;agit de convaincre les propri\u00e9taires d&rsquo;une multitude de mini parcelles (class\u00e9es en Zone agricole au PLU) qu&rsquo;il est temps de d\u00e9fricher, d&rsquo;entretenir leur bien et de rendre la terre \u00e0 sa vocation nourrici\u00e8re. Il faut aussi convaincre les producteurs d\u00e9j\u00e0 install\u00e9s que si on veut d\u00e9velopper le circuit court et avoir une agriculture p\u00e9renne sur le long terme, il faut accepter de nouveaux porteurs de projets, cr\u00e9er une dynamique. Nous discutons des modalit\u00e9s d&rsquo;installation, des fili\u00e8res, des circuits, et des formes de commercialisation. Cela se fait petit \u00e0 petit et ensemble, m\u00eame si des d\u00e9saccords surgissent. Le CDA est un lieu d&rsquo;\u00e9coute, d&rsquo;\u00e9change et nous avan\u00e7ons lentement, mais au consensus. A l&rsquo;apprentissage de la coop\u00e9ration s&rsquo;ajoute une mont\u00e9e en comp\u00e9tence de tous. Observer et participer \u00e0 ce processus int\u00e9gratif est passionnant, bien que parfois d\u00e9courageant.<\/p>\n<p>L&rsquo;Ile d&rsquo;Yeu \u00e9tait quasi autonome sur le plan alimentaire jusqu&rsquo;au tournant du 19\u00e8me. Aujourd&rsquo;hui, la principale activit\u00e9 de l&rsquo;ile est le tourisme (bien devant la p\u00eache, activit\u00e9 dominante au XX\u00e8me si\u00e8cle.). Selon moi, cette d\u00e9rive au profit d&rsquo;activit\u00e9s tertiaires et au d\u00e9triment d&rsquo;activit\u00e9s primaires plus autonomes, est la voie du \u00ab\u00a0sous-d\u00e9veloppement\u00a0\u00bb et de la d\u00e9pendance, bien que les revenus capt\u00e9s soient importants dans le court terme, je l&rsquo;admets. Nous ne partageons pas tous ce point de vue, loin s&rsquo;en faut ! L&rsquo;\u00e9laboration d\u2019une perception commune du \u00ab\u00a0durable\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0soutenable\u00a0\u00bb et les conflits d&rsquo;usage sur le territoire insulaire sont, on le comprend, complexes et intenses. Il faut par ailleurs convaincre le D\u00e9partement que sur les terres dont il est propri\u00e9taire (terres class\u00e9es \u00ab\u00a0Espace Naturels Sensibles\u00a0\u00bb), le paysan \u00e0 qui il confie la gestion des parcelles doit pouvoir vivre de son travail, si l&rsquo;on veut que son activit\u00e9 soit p\u00e9renne et contribue par ses externalit\u00e9s \u00e0 la pr\u00e9servation de l&rsquo;environnement, de la biodiversit\u00e9 et des paysages. <strong>Bref, au-del\u00e0 des formes de propri\u00e9t\u00e9 (priv\u00e9e, municipale, d\u00e9partementale, collective&#8230;) et des r\u00e9glementations (Natura 2000, Naturel, ENS, etc.), quel usage veut-on de la terre, ce bien commun ?<\/strong> Ces questions me passionnent.<\/p>\n<p>Mobiliser le foncier, constituer des ensembles de parcelles coh\u00e9rentes cultivables ou p\u00e2turables, d\u00e9fricher, r\u00e9habiliter les terres, faire appel \u00e0 des porteurs de projets&#8230; Il y a du pain sur la planche pour assurer l&rsquo;avenir. Au VII si\u00e8cle, ce sont les moines qui avaient d\u00e9frich\u00e9 l&rsquo;\u00eele. Mais il n&rsquo;y a plus de moines. Aujourd&rsquo;hui, le portage du projet Terres Fert&rsquo;\u00eele ne peut qu&rsquo;\u00eatre que collectif compte tenu du co\u00fbt \u00e9lev\u00e9 du processus. Apr\u00e8s-guerre, il y a eu en France un grand mouvement de remembrement pour permettre le d\u00e9veloppement d&rsquo;un nouveau mod\u00e8le agricole. Ce processus n&rsquo;a pas atteint l&rsquo;\u00eele d&rsquo;Yeu o\u00f9 le parcellaire est divis\u00e9 \u00e0 l&rsquo;extr\u00eame. Il y a aujourd&rsquo;hui quelque chose en devenir qui pourrait porter le nom de r\u00e9forme agraire&#8230; \u00a0Pour aller vers quel mod\u00e8le d&rsquo;agriculture ? On \u00e9voque la \u00ab\u00a0transition agricole et alimentaire\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0un mod\u00e8le alternatif agro \u00e9cologique\u00a0\u00bb. \u00a0Ce n&rsquo;est pas encore tr\u00e8s clair. En tout \u00e9tat de cause il s&rsquo;agit de savoir comment manger mieux, localement, d&rsquo;assurer une vie d\u00e9cente aux agriculteurs et de pr\u00e9server notre environnement et la biodiversit\u00e9.<\/p>\n<p>J&rsquo;ai aussi particip\u00e9 \u00e0 un jardin partag\u00e9, puis am\u00e9lior\u00e9 mon petit potager et je me suis rendu compte que ce n&rsquo;est pas simple de faire pousser des l\u00e9gumes et tailler les fruitiers ou d&rsquo;\u00e9lever des b\u00eates. J&rsquo;ai r\u00e9alis\u00e9 que celui qui travaille la terre doit savoir beaucoup de choses : observer, apprendre, \u00eatre polyvalent, s&rsquo;am\u00e9liorer, se remettre en question et esp\u00e9rer la r\u00e9colte \u00e0 venir. Pas facile d&rsquo;\u00eatre paysan ! Pas facile du tout ! Et puis, il faut aussi, me semble-t-il, favoriser la prise de conscience d&rsquo;une population encore largement soumise au mod\u00e8le de consommation industrielle consum\u00e9riste. Les consommateurs ont un r\u00f4le \u00e0 jouer. Alors j&rsquo;ai anim\u00e9, depuis huit ans maintenant, les Semaines pour les alternatives aux pesticides de Mars. Nous avons fait des d\u00e9bats au cin\u00e9ma de l&rsquo;Ile. Nous avons cr\u00e9\u00e9 une \u00ab\u00a0Charte pour une \u00cele sans pesticides\u00a0\u00bb. Nous sommes aujourd&rsquo;hui cinq partenaires, quatre associations et la municipalit\u00e9, pour animer la Charte et diffuser les \u00ab\u00a0bonnes pratiques au naturel\u00a0\u00bb dans les jardins, les potagers et les espaces verts. Nous faisons des choses avec des Coll\u00e9giens. Nous esp\u00e9rons des cantines en partie fournies en bio et en local. Nous esp\u00e9rons un travail de fond sur la pr\u00e9vention et l&rsquo;alimentation avec le corps m\u00e9dical. Mais pour changer et am\u00e9liorer le contenu de nos assiettes il y a beaucoup \u00e0 faire.<\/p>\n<p>Chemin faisant, mes activit\u00e9s se sont \u00e9largies \u00e0 une jeune association de recyclage, Le Container (objectif : \u00e9viter que les containers repartent en bateau vers le continent, pleins de nos d\u00e9chets) : un dimanche par mois nous faisons \u00ab\u00a0Atelier commun\u00a0\u00bb pour r\u00e9parer les v\u00e9los, les meubles en bois, fabriquer des cosm\u00e9tiques avec des produits naturels, coudre, etc. Le local de ces \u00a0\u00bb R\u00e9pare tout&rsquo; \u201c sans chauffage s&rsquo;ouvre sur la mer : on n&rsquo;a pas chaud, mais c&rsquo;est sympa et on apprend des gestes d&rsquo;autonomie, on partage.<\/p>\n<p>Il y a aussi une r\u00e9flexion \u00e0 mener sur l&rsquo;autoconsommation, les micro fermes, les projets de vie et le d\u00e9sir de retour \u00e0 la terre et \u00e0 la nature&#8230; Dans un monde o\u00f9 le march\u00e9 du travail explose et laisse sur le bas-c\u00f4t\u00e9 une foule de jeunes et moins jeunes ch\u00f4meurs, il y a mati\u00e8re \u00e0 inventer.<\/p>\n<p>Au fil du temps nous avons tiss\u00e9 des liens avec le continent, notamment gr\u00e2ce \u00e0 Terres de liens, \u00e0 la <a href=\"http:\/\/confederationpaysanne.fr\">Conf\u00e9d\u00e9ration paysanne<\/a>, au <a href=\"https:\/\/www.gab85.org\/\">Gab 85<\/a>, \u00e0 l&rsquo;<a href=\"http:\/\/www.jeminstallepaysan.org\/\">ADEAR<\/a>, \u00e0 la <a href=\"http:\/\/www.jeminstallepaysan.org\/Ciap44\">CIAP44<\/a> (Coop\u00e9rative d&rsquo;installation paysanne), \u00e0 la <a href=\"https:\/\/www.lpo.fr\/\">LPO<\/a> et aux mouvements citoyens que nous avons rencontr\u00e9s. Sortir de l&rsquo;isolement insulaire est important, pour s&rsquo;appuyer sur ceux qui sont d\u00e9j\u00e0 \u00ab\u00a0devant\u00a0\u00bb, mais aussi pour se rendre compte qu&rsquo;on avance avec les autres, qu&rsquo;il y a un mouvement et qu&rsquo;on en fait partie.<\/p>\n<p>Enfin, depuis 2011, nous avons r\u00e9alis\u00e9 que les autres \u00eeles de la fa\u00e7ade atlantique fran\u00e7aise, de Br\u00e9hat \u00e0 l&rsquo;Ile d&rsquo;Aix, et deux presqu&rsquo;iles &#8211; R\u00e9 et Ol\u00e9ron &#8211; avaient des envies, des projets et des difficult\u00e9s semblables aux n\u00f4tres \u00e0 promouvoir une agriculture \u00e9cologique et durable. Alors, nous nous sommes rencontr\u00e9s, nous avons mutualis\u00e9 nos d\u00e9marches et nos outils, et nous venons tout juste de cr\u00e9er RAIA, fin janvier 2018, l&rsquo;Association R\u00e9seau Agricole des Iles Atlantiques.<\/p>\n<p>Il y a une \u00e9nergie formidable dans tous ces r\u00e9seaux humains, il y a un espoir de r\u00e9silience magnifique, et des rencontres. \u00a0J&rsquo;ai le sentiment (ou serait-ce seulement de l\u2019espoir ?) que la mayonnaise prend, et je m&rsquo;en r\u00e9jouis profond\u00e9ment.<\/p>\n<p>Voil\u00e0 pourquoi et comment je suis devenue consom&rsquo;actrice. \u00a0Et je ne le regrette pas : cela \u00e9claire ma troisi\u00e8me ou quatri\u00e8me vie (je ne sais pas comment il faut dire).<\/p>\n<p>En tout cas, merci \u00e0 tous de m&rsquo;y avoir fait une place.<\/p>\n<p>Ile d&rsquo;Yeu, le 3 F\u00e9vrier 2018<\/p>\n<p>Cristi Cohen<\/p>\n<p>Secr\u00e9taire du Collectif agricole de l&rsquo;\u00eele d&rsquo;Yeu<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\">[1]<\/a> General agreement of tariffs and trade, ou Accord g\u00e9n\u00e9ral sur les tarifs douaniers et de commerce<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Cristi Cohen est une femme qui a un attrait de longue date pour l\u2019agriculture, et qui a observ\u00e9, avec des yeux d\u2019enfant, d\u2019\u00e9conomiste et de consommatrice, diff\u00e9rents modes d\u2019inscription de ce secteur d\u2019activit\u00e9 dans un territoire \u2013 inscription g\u00e9ographique, humaine et \u00e9conomique. 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